Nos interrogations après la première réunion publique de la liste « Tous unis pour Gignac »

Le vendredi 20 février s’est déroulée à Gignac, la première réunion publique de l’unique liste de candidats aux élections municipales sur la commune. Une situation qui interroge: comment faire vivre notre démocratie locale quand les électeurs n’ont pas le choix entre deux listes ?

Gignac n’est pas un cas isolé: plus de deux tiers des communes françaises n’ont qu’une seule liste en compétition aux élections municipales de 2026. Pour Martial Foucault, politologue et professeur et à Sciences Po, cela représente un risque pour le pluralisme démocratique. Ce n’est pas le sujet central de ce papier mais cela soulève une question: à force de gouverner en cercle fermé sans solliciter la participation citoyenne, n’est-il pas logique que les citoyens perdent le goût de la chose publique et s’éloignent de la vie politique de leur commune ?

La première réunion publique de « Tous unis pour Gignac » a permis aux candidats de se présenter, de dresser un bilan des réalisations du mandat qui s’achève et une brève présentation des projets. Le deuxième temps a été consacré aux questions du public.

Quelles réponses au sujet du photovoltaïque au sol ?

Nous sommes restés dubitatifs face aux réponses apportées à nos questions par le conseiller communautaire, François Moinet. Rappelons le contexte: CAUVALDOR a défini sa politique en matière d’installations photovoltaïques au sol à travers des outils réglementaires comme sa Charte Solaire Photovoltaïque ou son PLUIH. Ces règlements ont été approuvés par le vote de l’ensemble des conseillers communautaires.

Le collectif Stop Agrivoltaïque Cressensac qui est opposé aux centrales photovoltaïques sur sols naturels, agricoles et forestiers et favorables aux installations sur sol artificiel (voir l’article ICI) a rappelé lors de cette réunion que la Charte de CAUVALDOR approuve les installations jusqu’à 20 ha (au lieu de 8ha dans le Figacois) et que le nouveau PLUIH a institué 717 ha de zone Ner (zone naturelle définie pour accueillir la production d’énergie renouvelable). Inquiet face à la déferlante des projets photovoltaïques au sol sur la communauté de commune, le collectif a interpellé François Moinet à ce sujet. La réponse de celui-ci a été: « Après le projet de Viroulou et celui de l’aéroport, il n’y aura pas d’autre projet sur le territoire de Cauvaldor ». Notons au passage que le projet de Viroulou a une emprise de 51 ha et que celui de l’aéroport s’inscrit dans une zone Ner de 45 ha. Dans les deux cas, la limite de 20 ha fixée par la Charte est largement dépassée.

Quid des projets autorisés, en instruction ou à l’étude ?

Cette réponse du conseiller communautaire,  nous amène à la réflexion suivante: pourquoi classer 717 ha en zone Ner si l’ambition de CAUVALDOR se résume à ces deux projets ?

De plus, notre recensement des projets établi à partir de sources officielles (voir tableaux ci-dessous), nous a permis d’identifier (en plus des deux projets cités plus haut) 8 projets déjà autorisés, 10 projets en instruction (demande de permis de construire déjà déposée) et 12 projets à l’étude (sans compter les projets en prospection connus de la DDT). Quant aux parcs déjà en fonctionnement, ils sont au nombre de 6. Parmi ces projets et installations, 227 ha se trouvent en zone Ner. Il reste donc 490 ha  d’espaces naturels classés zone Ner donc qui seront prioritairement dédiés à des installations photovoltaïques. Autrement dit les propos du conseiller communautaire qui se voulaient « rassurants » n’apparaissent en rien réalistes.

La liste « Tous Unis pour Gignac » a programmé une deuxième réunion publique le vendredi 13 mars à 20h30 en vue de détailler les projets pour les sept années à venir. A cette occasion, nous espérons obtenir des éclaircissements et compléments d’informations en matière de photovoltaïque au sol.

Collectif Stop Agrivoltaïque Cressensac

Listes par statut des projets photovoltaïques sur sols naturels sur le territoire de CAUVALDOR

L’autonomie alimentaire ou la faim de démocratie locale

Dans son 5ème rapport sur l’état des terres agricoles, « Terre de Liens » propose de comprendre pourquoi notre système alimentaire dysfonctionne, ce que cela implique pour nos vies quotidiennes, et surtout comment agir, ici et maintenant, pour une agriculture de proximité, nourricière et démocratique.

« Que voulons-nous dans nos assiettes ?

Des produits sains, accessibles, issus de fermes vivantes, qui respectent la terre, l’eau et celles et ceux qui la travaillent.

Pourtant, aujourd’hui, une grande partie de ce que nous mangeons ne se décide ni dans nos communes, ni dans nos territoires. Notre alimentation dépend d’un modèle agricole industriel tourné vers l’exportation, gourmand en pesticides, destructeur d’emplois paysans et incapable de nourrir correctement la population. »

Rappelons que « Terres de liens » est une fédération qui depuis plus de vingt ans agit aux côtés des territoires pour préserver les terres agricoles et permettre l’installation de paysannes et paysans engagés dans des pratiques respectueuses du vivant. Pour consulter leur site, c’est ICI

Pourquoi s’emparer de ce sujet aujourd’hui ?

A l’occasion des élections municipales, Terre de Liens par le biais de ce rapport, appelle les élus et élues locaux, les institutions nationales et l’ensemble des acteurs publics à reconnaître pleinement le rôle central des territoires et à leur donner les moyens d’agir.

Voici un extrait du rapport: « À contre-courant du modèle dominant, de nombreuses collectivités ont choisi d’agir en faveur d’une territorialisation du système alimentaire. Leur pari consiste à s’impliquer dans la pérennisation ou reconstruction de chaînes de production alimentaires, de la production agricole à la transformation, plus ancrées et tournées vers les besoins des territoires, de leurs acteurs économiques comme de leurs habitants. En travaillant à l’essor de ces filières, les élus locaux cherchent à répondre à différents enjeux du territoire, à la fois économiques (création d’emplois, dynamisme économique), environnementaux (préservation des ressources naturelles, de la biodiversité, construction des paysages) et socio-démocratiques (accessibilité alimentaire, santé, participation citoyenne). »

Faire face au désengagement de l’État

Les orientations nationales en matière d’alimentation manque de clarté, ce qui limite l’action au niveau local. L’écart entre les objectifs affichés par l’État et sa politique de l’alimentation durable mise en œuvre ne permet pas une réelle transition des systèmes alimentaires. Au cœur de cette politique alimentaire, le Projet Alimentaire Territorial (PAT) avec l’objectif de couvrir 80 % du territoire français d’ici 2030. Pourtant, dans le même temps, l’État réduit drastiquement les moyens pour ce dispositif. Cela n’empêche de nombreux territoires sensibilisés par le sujet de se saisir de ce dispositif à la hauteur de leurs moyens.

Une opportunité pour développer l’implication citoyenne 

Une réflexion partagée sur l’autonomie alimentaire est l’occasion de développer l’implication citoyenne à l’échelle d’un territoire. Mettre en place un Projet Alimentaire Territorial (PAT) est l’occasion d’associer les citoyens afin qu’ils se réapproprient la question de l’alimentation et deviennent force de propositions. Si le PAT peut-être un premier pas vers la réappropriation des enjeux liés à une agriculture durable, il ne doit pas se retourner contre les objectifs fixés. En effet, des travaux de recherche ont montré l’ambivalence de ces politiques au sein desquelles s’expriment de manière prépondérante les représentants du modèle agricole conventionnel qui souhaitent garder le contrôle sur les politiques alimentaires (représentants agricoles, chambres d’agricultures…). Ils agissent comme autant d’obstacles à l’accomplissement d’une transition agricole et alimentaire.

Des initiatives locales partout en France

Autre intérêt du rapport de Terre de Liens: il présente de nombreuses initiatives locales en France qui permettent d’orienter les terres agricoles vers des productions destinées à l’alimentation locale. Ces expérimentations, à tous les maillons de la chaîne alimentaire, apportent des solutions pour répondre aux enjeux actuels. D’autres exemples montre aussi comment, pour dépasser les limites de l’action locale, les territoires inventent de nouvelles formes de coopération entre territoires voisins et plus lointains, pour jouer des complémentarités et bénéficier de l’appui, des compétences et des moyens départementaux et régionaux. Grâce aux voix des collectivités qui commencent à se faire entendre, il sera possible de peser sur le cadre national et accélérer, enfin, la transition agroécologique et alimentaire.

Retrouver l’intégralité du rapport de Terres de Liens ICI

Intercommunalité: « La politique confisquée »

Après 10 ans d’observations auprès de plusieurs intercommunalités, Fabien Desage, maître de conférences en science politique à l’université de Lille 2 et David Guéranger, chercheur au Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés, ont fait les constats suivant :

  • Les intercommunalités fonctionnement à l’abri des regards des citoyens.

  • Les instances intercommunales sont des arènes feutrées, discrètes participant à la confiscation, à l’appauvrissement de la démocratie et de la participation des citoyens.

  • Il n’y aurait pas au sein de ces instances des contre-pouvoirs, tout est consensus, compromis en coulisses.

  • L’intercommunalité reste un « trou noir démocratique », c’est-à-dire un lieu restreint aux élus eux-mêmes, invisible de l’extérieur et dont rien ou presque ne s’échappe…..

  • Le maire en tant que conseiller communautaire engage sa commune sans avis préalable de son conseil municipal et s’en fait un domaine réservé.

  • La règle d’alignement est de mise. Les différends ne sont autorisés et sont neutralisés qu’en réunion de bureau avec une quasi obligation de trouver un consensus et surtout de ne pas faire savoir publiquement ces différends et ces arrangements.

  • Il est incongru (inconcevable) qu’un élu puisse s’opposer lors d’un conseil communautaire. Les votes sont quasiment unanimes. Le conseil communautaire a pour rôle principal d’entériner les décisions prises en amont.

L’analyse des résultats de cette longue enquête a donné lieu à un ouvrage « La politique confisquée, Sociologie des réformes et des institutions» aux éditions du Croquant.

Bien que les communautés de communes, d’agglomération ou urbaines couvrent aujourd’hui la quasi-totalité du territoire national et concernent plus de 90% de la population française, Fabien Desage et David Guéranger montrent qu’elles demeurent des objets politiques méconnus de la majorité des citoyens. Ce décalage entre des institutions sans cesse plus nombreuses, plus importantes, et leur faible appropriation démocratique, fonde l’hypothèse centrale de leur ouvrage : celle d’un objet politique doublement confisqué.

Confisquée, l’intercommunalité l’est d’abord en raison de son fonctionnement politique singulier, marqué par des « consensus » inter-partisans établis à l’abri des regards des citoyens et des élus municipaux. Confisquée, l’intercommunalité l’est ensuite au nom de sa technicité présumée, un argument qui puise dans les discours des acteurs politiques eux-mêmes et que valident ses « experts » patentés. Elle se trouve ainsi érigée en objet à part, domaine réservé de quelques-uns. Le présent ouvrage montre les mécanismes qui soustrait l’intercommunalité à tout espace public de délibération. Il insiste sur les nombreuses conséquences politiques et sociales pour les territoires concernés des choix et des non-choix intercommunaux.

A travers leur ouvrage, Fabien Desage et David Guéranger. souhaitent lever le voile sur les institutions intercommunales et fournir des outils pour les investir politiquement.

Salle comble pour le film « Vies non Renouvelables: nature ou misère »

Le ciné-débat du vendredi 6 février à Gignac organisé par le collectif Stop Agrivoltaïque Cressensac, le collectif Citoyen Nespoulois et l’association Gignac Ensemble a été un franc succès. Principalement des lotois mais également de nombreux Corréziens et des voisins de Dordogne ont répondu à l’invitation des organisateurs.

La réussite de cette soirée prouve que le sujet interpelle les citoyens. La colonisation des terres agricoles, naturelles et forestières par les industriels des énergies renouvelables préoccupe sérieusement les ruraux. Le film « Vies non renouvelables: nature ou misère » est devenu le documentaire de référence en Espagne où les paysages, les villages et l’équilibre des économies locales sont menacés par une transition énergétique débridée. Ce film réussit à soulever avec une incroyable efficacité tous les enjeux autour de ce phénomène d’industrialisation des espaces naturels.

Bien sûr, l’histoire de l’Espagne et le contexte législatif qui permet l’expropriation des paysans sont différents des nôtres. Cependant la pression des industriels du renouvelable sur nos campagnes ne cesse de croître. Et dans tous les départements ruraux on assiste à une véritable déferlante des projets photovoltaïques sur sols naturels comme en témoigne la carte des projets du Lot (visualisez la carte ICI).

Un débat foisonnant

La richesse du débat qui a animé la salle après le film et la qualité des interventions ont été remarquées. Car au delà de la crainte de l’industrialisation de nos campagnes et la dégradation de notre cadre de vie, c’est une réflexion bien plus profonde qui s’est engagée collectivement lors de cette soirée. Il a été souligné que le marché de l’électricité est dévolu aux entreprises et aux intérêts privés. Les porteurs de projets sont en grande partie des filières de multinationales du pétrole qui étendent leurs activités aux énergies renouvelables pour obtenir des crédits carbone et pouvoir ainsi continuer leurs activités pétrolières. Pour des participants cela va à contresens de l’intérêt général.

Une « transition » sans planification

Il en découle que ces installations se font en dépit de toute planification. En amont la loi indique qu’il faut privilégier le développement du photovoltaïque sur terrains artificialisés. Les communes ont été sollicitées pour définir des zones d’accélération des énergies renouvelables mais que sont devenues aujourd’hui ces contributions ? Il est remarqué de fortes inégalités entre les territoires en terme de production d’électricité au sein d’un même département. Par exemple, si tous les projets voyaient le jour à Cressensac-Sarrazac, cette commune produirait à elle seule 15% de l’énergie produite par le département.

Il a été rappelé que pour répondre aux objectifs de 2030, selon les données de l’Observatoire des énergies dans le Lot*, il faudra produire 260 Gwh supplémentaires par an, soit d’installer moins de 110 ha de panneaux sur toitures ou sur parkings, c’est à dire 3500 m² par commune et pour 2050, moins de 1,5 ha !

De plus, l’expérience montre l’absence complète de transparence sur les projets en cours. Les habitants ne sont pas informés des études entreprises par les énergéticiens pour des projets qui se trouvent à proximité de leur habitation et parfois les mairies elles-mêmes ne sont pas au courant de ce qui se prépare sur leur commune.

Surproduction et surconsommation

Selon le rapport de décembre 2025 de RTE (Réseau de transport de l’électricité) la France produit 20% d’électricité de plus que ce qu’elle en consomme. Tandis qu’on assiste au développement sans cesse croissant de la numérisation de la société et celui de l’intelligence artificielle, il a été question de l’extractivisme et des limites planétaires. L’exemple du passage du quartz au silicium métal utilisé dans les panneaux photovoltaïques a été cité. Une opération qui nécessite une quantité phénoménale d’énergies fossiles et qui est ultra polluante pour l’environnement (280kg de produit chimique par kg de silicium produit). Jusqu’à quand pourra-t-on poursuivre cette logique de surproduction et de surconsommation ?

Vers une gestion collective ?

L’énergie est un bien commun au même titre que les ressources naturelles et les citoyens sont tout à fait légitimes de se réapproprier la question énergétique. On doit envisager la mise en place de projets à taille humaine sur des surfaces anthropisées, projets co-construits avec les habitants et autogérés localement.

Ce débat fut donc un beau moment d’intelligence collective qui s’est terminé autour d’un verre. Il encourage les organisateurs à réitérer ces rendez-vous autour de sujets aussi déterminants pour notre avenir et celui de nos enfants.

Rappelons qu’un recours contentieux est en cours contre CAUVADOR qui a classé 717 ha en zone Ner (zones naturelles définies pour accueillir la production d’énergies renouvelables) dans son nouveau PLUIH. Une cagnotte pour financer les frais d’avocat a été mise en place, vous pouvez la retrouver en cliquant ICI

*Selon l’Observatoire des énergies renouvelables dans le Lot, n°2, « Le Photovoltaique », en date de février 2024, https://www.lot.gouv.fr/contenu/telechargement/18547/140820/file/Obs-ENR_n%C2%B02_vfinale.pdf

 

Site du collectif Stop Agrivoltaïque Cressensac ICI

 

L’intelligence artificielle va-t-elle nous rendre idiot ?

Depuis l’utilisation de l’Internet, nous avons progressivement cessé de mémoriser certaines informations car elles étaient à portée de main sur nos tablettes, nos ordis et smartphones. Avec l’IA, le changement est bien plus profond : on ne délègue plus seulement la mémoire mais aussi une partie du raisonnement et de la formulation elle-même.

L’accès instantané au résultat

Ce que l’intelligence artificielle de façon insidieuse modifie, c’est notre relation entre effort et connaissance. Car l’IA est le premier outil informatique capable de produire directement ce que l’on était auparavant obligé d’appréhender par la compréhension.

Obtenir un texte, une synthèse, une traduction ou une explication, nécessitait avant de passer par une série d’étapes : chercher, trier, formuler, corriger. Aujourd’hui, quelques mots suffisent. Nous sommes passés du “sait-on faire ?” au “sait-on demander ?”. Et ce déplacement qui paraît anodin, touche le cœur même de l’apprentissage. Car apprendre est un processus complexe qui ne se réduit pas à obtenir une réponse.

Qu’est-ce que l’apprentissage ?

On résume parfois l’apprentissage à la compréhension. En réalité, il repose sur trois moments complémentaires.

  • Comprendre d’abord. Une information est découverte, expliquée, lue ou observée. Le cerveau commence à construire une représentation.
  • S’exercer ensuite. On tente de réutiliser seul cette information. C’est l’effort actif qui transforme la connaissance fragile en compétence.
  • Corriger enfin. Comparer, se tromper, ajuster : cette phase permet d’ancrer durablement l’apprentissage.

Ces trois étapes demandent du temps et nous font passer par des phases de doutes et d’inconfort. Avec L’IA toutes les étapes qui permettent habituellement d’apprendre disparaissent, le chemin disparaît et le résultat est direct. Au delà de remplacer certaines tâches, l’IA transforme le rapport entre effort et connaissance et nous éloigne de l’habitude qui consiste à comprendre, relier et juger.

Qu’en est-il de la pensée critique ?

Lorsque nous générons nos propres résultats, nous les remettons en question, nous évaluons leur validité, leur pertinence. Autrement dit nous exerçons notre esprit critique.

Une étude publiée par des chercheurs américains et anglais (1) sur utilisation de l’IA dans le cadre universitaire, nous montre que plus la confiance en l’outil est élevée moins la pensée est critique: les personnes qui font davantage confiance aux outils d’IA ont tendance à moins questionner les résultats générés. De même, la dépendance à l’IA pour des tâches routinières ou perçues comme « peu importantes » réduit les occasions de pratiquer la pensée critique.

Garder le contrôle

L’étude met en avant l’importance d’apprendre à superviser l’IA plutôt qu’à simplement l’utiliser. Avec la conséquence qu’on passe alors moins de temps à générer des idées originales et plus de temps à évaluer et à adapter les résultats de l’IA.

Les contributeurs conseillent de :

  • Limiter l’utilisation de l’IA aux tâches à faible enjeu cognitif (comme la relecture grammaticale).
  • Maintenir des exercices sans IA pour renforcer les compétences essentielles, telles que l’analyse de textes ou la résolution de problèmes.

Ils recommandent vivement aux universités de « favoriser un équilibre entre l’efficacité accrue offerte par l’intelligence artificielle générative et la nécessité de maintenir un engagement actif dans la pensée critique. Sans régulations adéquates, l’IA pourrait compromettre la faculté d’analyse autonome, cruciale dans les professions du savoir. »

(1) « The Impact of générative AI on Critical Thinking  (Lee et coll., 2025) 

Pour aller plus loin une interview d’Albert Moukheiber, docteur en neurosciences, psychologue clinicien et auteur de nombreux ouvrages dont « Neuromania – le vrai du faux sur votre cerveau »

👉  Dans ce podcast passionnant, il est aussi question d’esprit critique, de comparaison entre le fonctionnement de notre cerveau et celui de l’IA,  du danger de l’IA sur le plan environnemental, de la nécessité de cadres règlementaires, de la guerre des intelligences…

Ciné-débat ATTAC 46 vendredi 20 février à Souillac

Projection au cinéma Le Paris à Souillac, le vendredi 20 février à 20h, du deuxième volet de cette fresque de Olivier Azam et Daniel Mermet sur la « véritable » histoire des Etats-Unis. 

« Cette nouvelle étape de notre travail, provoquée par l’élection de Trump, redonne une grande importance aux archives que nous avons collectées pendant seize ans et à défendre la recherche historique, et particulièrement l’œuvre de Howard Zinn, comme des biens essentiels pour l’avenir, des « terres rares »  » disent les auteurs de ce documentaire tant attendu après le succès du premier film.

Howard Zinn est un historien américain né en 1922 à New York de parents immigrés juifs des pays de l’Est (un père austro-hongrois, une mère venue de Sibérie), qui enchainaient les petits boulots pour faire tenir au rêve américain la promesse d’une vie meilleure.

Le best-seller Une Histoire populaire des États-Unis a révélé aux Américains une part de leur passé longtemps ignorée par eux-mêmes. Zinn redonne une place dans l’histoire aux Amérindien-ne-s, aux Noir-e-s, aux ouvrièr-e-s pris dans la grande fabrique du rêve américain. Son travail s’est opposé aux mythes fondateurs depuis Christophe Colomb et s’impose aujourd’hui comme un contre-feu à la guerre idéologique menée par Donald Trump, qui en a fait sa bête noire en histoire.

 

« Nos enfants sont instruits à partir des tracts de propagande comme celle de Howard Zinn qui tentent de faire honte aux étudiants de leur propre histoire. La gauche a dénaturé et souillé l’histoire américaine. » Donald J. Trump

 

« Et si l’histoire et l’enseignement sont des enjeux aussi importants pour Donald Trump, c’est qu’il sait très bien que la mythologie et l’ignorance sont les conditions de son maintien au pouvoir ». Daniel Mermet, Olivier Azam.

 

Ciné-débat à Souillac ce vendredi 16 janvier à 20h

En ce début d’année,  ATTAC 46 reprend sa programmation mensuelle de ciné-débat avec, le vendredi 16 janvier à 20h, la projection du film TERLA TA NOU (Cette terre nous appartient) de Cécile Laveissière et Jean-Marie Pernelle, projection suivie d’une rencontre avec la  réalisatrice et le réalisateur.

Synospsis : En France, les Gilets jaunes ont quitté les rond-points, à La Réunion, une convergence appelée « QG Zazalé » tient toujours. Située au Tampon, au Sud de l’île, elle est composée d’une communauté de militants et de militantes.

Sur le rond-point, encerclés par le flux incessant des voitures, au milieu des plantations et des animaux, ils débattent d’écologie, de la question décoloniale et agissent pour la souveraineté et l’autonomie alimentaire.

Petit à petit cette expérimentation d’un nouveau monde, subversive et politique, prend de l’ampleur et questionne les enjeux sociaux et d’accès à la terre.

Cécile Laveissière et Jean-Marie Pernelle, réalisateur-rices lotois, nous parlent de leur intention :

« Le désir du film est né d’une rencontre avec un lieu insolite, symbolique, et avec le collectif que forment ses occupants, le QG zazalé.

La dimension politique du projet, qui s’accompagne de nombreuses actions de solidarité sociale, nous a frappés par son audace. Elle s’inscrit pleinement dans les mouvements post-coloniaux en Afrique et aux Antilles, et dans l’émergence des études décoloniales dans le débat actuel.

Notre intention est de documenter, sans prétention, cette expérience historique à La Réunion. Ce qui nous intéresse c’est de comprendre en quoi cette alternative fonctionne, même située à petite échelle dans un rond-point, quelle place notre société laisse à un tel projet, et quelles sont les oppositions et les résistances qu’ils rencontrent. »

Pour en savoir plus et visionner la bande annonce, c’est ICI

Surproduction électrique et impasse énergétique en France

RTE France (Gestionnaire du réseau de transport d’électricité) rendait son rapport 2025 et son bilan prévisionnel le 9 décembre 2025. Le lendemain la Fédération Environnement Durable titrait un communiqué de presse : « DIX ANS DE MENSONGES : RTE RECONNAÎT ENFIN L’IMPASSE ÉNERGÉTIQUE FRANÇAISE. »

RTE vient de reconnaître l’échec de la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE3). Dix ans de prévisions erronées et surévaluées, des milliards d’euros gaspillés et de projets inutiles: la France produit aujourd’hui 20 % d’électricité en trop ! La consommation d’électricité est loin d’avoir explosée comme prévu. Elle stagne à un niveau inférieur à celui d’avant la crise du Covid alors que les capacités de production n’ont eu de cesse d’augmenter.

Quelles conséquences ce système absurde et coûteux aura pour les usagers, les finances publiques et l’environnement ? Qui paiera pour cette gabegie ?

Alors que les réseaux électriques locaux sont déjà saturés et que les ménages accusent une hausse continue des factures pour financer un système inefficace, la France se retrouve aujourd’hui avec un système électrique surdimensionné, instable et ruineux. Le développement incontrôlé des ENR et leur fonctionnement intermittent fragilisent les centrales nucléaires mises à mal par une modulation excessive. La construction de gigantesques réseaux électriques inutiles a un coût pharaonique tandis que des milliards d’euros de subventions publiques sont engloutis pour produire un surplus d’électricité intermittente que personne ne consomme.

« La France ne manque pas d’électricité, mais de cohérence. On paie pour produire, puis on paie pour ne pas consommer ! » d’après la Fédération Environnement Durable.

Que cachent les prix négatifs ?

Le dernier rapport de la Fondation Concorde (think tank indépendant) confirme point par point cette analyse:

  • Surproduction structurelle de 20 % au-delà des besoins, dû notamment au développement des énergies renouvelables
  • Effondrement des prix, avec des prix négatifs récurrents en milieu de journée à cause du solaire
  • Explosion incontrôlable des subventions aux ENR, 7,1 milliards d’euros en 2026 (évaluation CRE), soit 92,42 €/MWh par  MWh ENR  contre 85,62 €/MWh en 2025

Le rapport montre que le développement des ENR n’a pas été pensé uniquement comme un moyen de décarboner les usages de l’énergie: « Face au mur des réalités, le « à la place du nucléaire » est devenu le « en plus du nucléaire » ».

Ce constat ne fait que confirmer les travaux de l’historien des techniques, Jean-Baptiste Fressoz* qui montrent que l’histoire de l’énergie n’est pas celle de transitions mais celle d’addition de sources d’énergie.

Les pics de production des énergies intermittentes (comme le solaire en milieu de journée, surtout au printemps et à l’automne) font chuter les prix sur les marchés de gros pendant ces périodes de production au point de parfois devenir négatifs.

Ces prix négatifs pèsent fortement sur le coût budgétaire pour l’Etat. Pour les éviter, la CRE (Commission de Régulation de l’Énergie) a mis en place des primes de prix négatifs, qui indemnisent les producteurs pour ne pas produire.

Quel paradoxe ! Un dispositif qui, d’un côté, subventionne pour produire et, de l’autre, indemnise pour ne pas produire !

L’alerte de la CFE CGC, première force syndicale au sein d’EDF

Dans un courrier officiel au ministre de l’Industrie et de l’Énergie, Roland Lescure, du 23 décembre 2025 , la CFE CGC alerte sur les risques majeurs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3).

Cette lettre particulièrement argumentée dénonce une PPE3 établie sur des hypothèses obsolètes, souligne le risque de déséquilibre du réseau par surproduction électrique, les surcoûts sur le long terme pour les finances publiques et les consommateurs, ainsi qu’une fragilisation inquiétante du parc nucléaire français. En effet, l’intensification de la modulation du parc nucléaire évoquée par RTE serait contraire à la prolongation de sa durée de vie. EDF a été établi un rapport à ce sujet mais il semble que le gouvernement en bloque la publication car elle signerait l’arrêt de mort de la PPE3. 

Le syndicat alerte aussi sur le développement effréné des interconnexions, soutenu par la Commission européenne, qui permettent aux pays excédentaires d’exporter leur production photovoltaïque, exposant ainsi le réseau français à des « importations massives d’intermittence ». A la clé de ces importations: une déstabilisation économique et technique majeure du système électrique français.

En s’appuyant sur les alertes de RTE, de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) et sur le retour d’expérience du black-out ibérique d’avril 2025, le syndicat demande un ralentissement du développement des énergies renouvelables intermittentes, en particulier du photovoltaïque, et une révision urgente des trajectoires prévues par la PPE3. Il appelle le ministre à définir une trajectoire réaliste de développement des énergies renouvelables.

La surconsommation pour absorber la surproduction

Parmi les scénarios proposés pour sortir de cette impasse, RTE préconise celui dit de « décarbonation rapide » qui propose d’accélérer sur l’électrification des usages (voiture électrique, sites industriels, datacenters…) pour absorber la surproduction tout en baissant les émissions de CO2.

C’est sans en mesurer les conséquences: l’extractivisme (avec ses impacts sur l’environnement, les droits humains, les équilibres géopolitiques…), une société toujours plus numérisée et le développement incontrôlé de l’IA (qui réduit nos capacités cognitives et nuit à notre pensée), l’accaparement des terres naturelles par les multinationales de l’énergie (portant atteinte à la biodiversité, aux paysages et à la souveraineté alimentaire)…

Une sobriété désirable

Pourquoi ne pas partir de nos réels besoins en énergie pour planifier la production énergétique ? Une conjecture qui ne peut ignorer la logique de profit qui crée sans cesse de nouveaux besoins, nous incite à consommer toujours davantage. Nous baignons dans un environnement où consommation d’énergie superflue et surconsommation vont de pair.

Or, les limites planétaires nous imposent de revoir nos modèles de production et de consommation. C’est pourquoi  la sobriété représente un levier essentiel dans la transition énergétique et environnementale. Cependant, elle est toujours reléguée au dernier plan dans les stratégies de décarbonation.

En visant à réduire notre consommation d’énergie et de biens matériels par un changement en profondeur de nos comportements et de nos modes de vie individuels et collectifs, la sobriété remet en question les normes sociales qui structurent nos habitudes de consommation. Pour l’association Négawatt et le Shift Project la sobriété n’a rien de punitif. Au contraire, elle présente de nombreux cobénéfices. Elle induit le partage des ressources et va de pair avec la solidarité et le bien-être partagé. Elle ouvre sur la perspective d’un modèle de société tout à fait désirable.

Pour lire l’intégralité du rapport de la fondation Concorde, c’est ICI

Pour les plus courageux, voici la synthèse du dernier bilan prévisionnel RTE ICI

« De la guerre froide à la guerre verte » – ciné-débat à Gramat

Le vendredi 26 janvier à 20h30 au cinéma l’Atelier à Gramat

Un film-enquête époustouflant, poignant, en présence de sa réalisatrice Anna Recalde Miranda, italo-paraguayenne. Sortie en 2025, ce film a été tourné au Brésil et au Paraguay.

La frontière entre le Paraguay et le Brésil est devenue un désert vert. C’est le lieu d’origine de la république du soja, le berceau de l’agro-industrie mondiale. L’horizon est une ligne sans fin qui unit le passé et le présent. Un passé dicté par la violence politique de l’opération Condor et un présent marqué par les assassinats des défenseurs de la terre.

Ce documentaire permet de comprendre les racines de la violence subie aujourd’hui par les peuples autochtones et les militants environnementaux opposés aux ravages de l’agro-industrie du soja. En explorant l’histoire récente des dictatures sud-américaines et de l’opération Condor impulsée par les États-Unis pendant la Guerre froide, la réalisatrice trace les liens entre le passé marqué par les tortures et les assassinats des subversifs et l’actuelle crise écologique et climatique. 2025 est l’année du 50 anniversaire de la création de l’Opération Condor, et son découvreur, Martin Almada (avocat torturé pendant la dictature, décédé en mars 2024) est l’un des personnages principaux du film.
Les négociations actuelles entre l’Europe et le Mercosur soulèvent de sérieuses objections quant aux impacts sur l’environnement, le climat et la justice sociale…

Cette soirée est coorganisée par la Confédération paysanne du Lot et l’association Vigilance OGM 46.

Vous pouvez visionner la bande annonce, ICI