Le cinéma à domicile, suite

 

Du 24 au 30 mars, et comme chaque année, c’est « La Fête du Court Métrage ».

Tout comme l’an passé, la programmation est intégralement disponible en ligne et c’est gratuit : il suffit de s’inscrire sur la plateforme dédiée.

Des projections en espace extérieur sont aussi prévues, notamment à Tulle, les détails sont sur le site.

L’ensemble se compose d’environ 150 courts-métrages (de 5 à 30 minutes chacun), il y en a pour tous les goûts et pour tous les âges. La plateforme vous propose même des packages thématiques (les incontournables, jeune public, etc.) pour vous aider à choisir si besoin était.

Vous regardez à votre rythme, mais jusqu’à mardi soir seulement !

Voici quelques unes de nos suggestions (parmi celles que nous avons visionnées) : Omnibus, Le Mozart des pickpockets, Father & Daughter, Ordalie, Shéhérazade et le délice casher, Expire, La Parcelle.

Les séances de cinéma reprennent, mais à domicile

Le cinéma REX de Brive nous informe de la reprise de sa programmation, sous forme distancielle, en partenariat avec la plateforme numérique « La vingt-Cinquième-Heure ».

Mise en place en mars 2020 lors du premier confinement, la salle de cinéma virtuelle La Vingt-Cinquième Heure est un service d’e-cinéma géolocalisé. Le principe est simple : il suffit de réserver votre billet (5€) pour la séance de votre choix et de profiter de votre film à domicile en vous connectant sur la plateforme : https://sallevirtuelle.25eheure.com/cinema/403.

Pour cette semaine du 17 au 23 mars, la programmation comprend « The Last Hill Billy », « Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait », et « Eva en août ».

Pour en profiter, il faut être localisé à moins de 50 km de la salle de cinéma, il faut donc activer le service de géolocalisation sur votre ordinateur ou tablette.

Bonnes séances !

 

La série qui cartonne

Le formidable succès de la série En Thérapie repose sur son concept, la prouesse de son scénario et son casting de choc. Le concept créé par la série israélienne Betipul est à la fois simple et étonnamment efficace : plonger le spectateur dans l’intimité des séances entre un psy et cinq de ses patients au fil des semaines. La puissance de l’adaptation française tient aussi au fait qu’elle situe ces séances de divan au lendemain des attentats du 13 novembre 2015 permettant un jeu de miroir entre ces drames individuels et une société française meurtrie et déboussolée. Sans oublier que les deux réalisateurs, ne sont autres qu’Eric Tolédano et Olivier Nakache, déjà très remarqués avec les films Intouchables et Hors Normes pour ne citer que ceux-là.

Les patients : une chirurgienne, un policier de la BRI, une adolescente perturbée et un couple insupportable, tous traversent une crise existentielle, plus ou moins directement touchés par les attentats. Ces personnages comme celui du psy sont servis par d’excellents acteurs : Frédéric Pierrot (le psy), Mélanie Thierry, Reda Kateb, Clémence Poésy, Pio Marmaï (ses patients)… Le tour de force du scénario est de réussir à ne pas lâcher une seconde le spectateur happé par ce concentré de vie dans un face à face patient/thérapeute entre tension et lâcher prise. Le suspens est entretenu par la succession des séances de semaine en semaine au fil desquelles les résistances cèdent peu à peu et les secrets de famille se dévoilent.

Cette série de 35 épisodes de 26 minutes fait aussi écho à la situation que nous vivons depuis le début de la pandémie. C’est ce que nous rappelle la psychologue clinicienne Alison Novais : «Si les événements n’ont rien de comparables, la période post-attentats et la pandémie que nous traversons ont en commun de remettre en questions nos fondements, nos liens et nos habitudes, de générer un traumatisme dans l’ensemble de la société.»

Les 35 épisodes de la série sont visionnables ici sur le site d’Arte ou téléchargeables via un logiciel adapté comme Captvty.

 

Idée de lecture (février)

L’Anomalie de Hervé Le Tellier

L'Anomalie

Prix Goncourt 2020

« Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension. » En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris-New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte. Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai. Roman virtuose où la logique rencontre le magique, L’anomalie explore cette part de nous-mêmes qui nous échappe.

Notre avis : Une dystopie étonnante (et disons le extravagante) qui nous permet de nous interroger sur qui nous sommes vraiment et de nous voir comme « de l’extérieur » à travers les récits de plusieurs personnages représentatifs de la diversité des êtres humains. Vivre ensemble les uns avec les autres, ce n’est pas toujours facile, mais étudier le vivre ensemble avec soi-même, il fallait oser, et Hervé Le Tellier l’a fait !

Ce roman « est devenu le deuxième prix Goncourt le plus vendu de l’histoire (…) avec quelque 633.000 exemplaires depuis sa sortie en août » nous apprend France info ce jour.

Deux nouvelles chaînes télé !

Pour pallier (un peu) à la fermeture des établissements culturels, France Télévisions, avec l’aide du ministère de la Culture et du CSA, vient de lancer une chaîne dédiée à la culture : Culture Box. Elle est disponible sur le canal 19 de la TNT (en lieu et place de la chaîne France Ô fermée le 31 août dernier) et sur la plateforme France.tv, en accès direct et gratuit.

Pour les clients de la TV d’Orange, la chaîne Museum TV, dédiée à l’art, est disponible sans surcoût. Les programmes de cette chaîne sont à voir sur le canal 113 de la TV d’Orange.

Les arts circassiens

Dans le domaine du cirque, Arte.tv ne fait pas dans la demi-mesure et nous propose des spectacles étonnants.

Ne manquez pas l’étonnante (et risquée) performance de Chloé Moglia (8 minutes).

Et pour les amateurs d’insolite, nous vous recommandons les prestations déjantées des troupes du Cirque Exalté (5 minutes) et du Cirque Aïtal (7 minutes).

Un documentaire à ne pas manquer

George Orwell, Aldous Huxley : « 1984 » ou « Le meilleur des mondes » ? des réalisateurs Philippe Calderon et Caroline Benarrosh

Romans cultes d’anticipation, « 1984 » d’Orwell et « Le meilleur des mondes » de Huxley mettent en scène le contrôle des masses par le totalitarisme et par l’abondance. À l’heure de leur retour en librairie dans une nouvelle traduction, le film confronte ces deux visions en miroir de nos sociétés démocratiques à l’ère de la surveillance généralisée, des fake news et des bébés sur mesure.

« Le meilleur des mondes » d’Aldous Huxley et « 1984 » de George Orwell sont parus respectivement en 1932 et 1949. Écrits par deux Anglais qui se croisent en 1917 au chic collège d’Eton − le premier, professeur dandy, y enseignait le français au second, Eric Blair de son vrai nom, boursier égaré dans l’institution −, ces livres mettent en scène des dystopies également cauchemardesques mais foncièrement divergentes. Quand « Le meilleur des mondes » annonce une aliénation consentie au travers d’une civilisation hédoniste, consumériste et eugéniste dans une Londres futuriste, 1984 dénonce la surveillance systématisée d’un régime totalitaire, sous l’œil terrifiant − et faussement rassurant − de « Big Brother ».

Si George Orwell a lu avec passion le roman de son aîné, l’ancien combattant du POUM (Parti Ouvrier d’Unification Marxiste) en Catalogne pendant la guerre d’Espagne a été marqué par la violence et la propagande des fascismes en Europe comme du stalinisme en URSS. Issu d’une famille nantie de scientifiques et frère d’un biologiste eugéniste, Huxley, à son tour, jugera le livre d’Orwell « profondément important« , mais ne partagera pas sa vision de l’avenir, qui ne peut, selon lui, se réduire à « une botte dans un visage« . L’un redoute une dictature scientiste qui, en s’appuyant sur les biotechnologies, asservirait des individus programmés, quand l’autre imagine un État bureaucratique et répressif qui confisquerait la liberté de penser et la mémoire. Huxley peint une civilisation de loisirs gouvernée par les technosciences. Il s’interroge sur la place de l’individu dans un monde qui court vers la production, la consommation de masse et l’asservissement par le confort. Orwell, lui, voit une société cauchemardesque de citoyens travailleurs, placés sous l’œil et la botte de « Big Brother ».

En confrontant les versions du « monde d’après » d’Aldous Huxley et de George Orwell, comme les itinéraires respectifs des deux écrivains, ce documentaire montre combien leurs œuvres visionnaires, qui ont en commun la manipulation du langage et la falsification de l’histoire, rencontrent les enjeux glaçants du monde contemporain, sorte de monstre hybride à la croisée de leurs romans. Éclairée par les analyses de critiques, d’écrivains (Boualem Sansal) et de philosophes (Cynthia Fleury), comme de l’émouvant témoignage du fils adoptif de George Orwell, Richard Blair, c’est une relecture opportune, au temps de la surconsommation, des caméras à reconnaissance faciale, des réseaux sociaux ou encore des éructations de Donald Trump qui martèle : « Ce que vous voyez et lisez n’est pas la vérité.« 

Notre avis :

L’originalité de ce documentaire réside dans le choix de nous faire suivre les trajectoires croisées de ces deux visionnaires pour éclairer notre présent. Tout en montrant en quoi leur vision du monde et de la littérature les sépare, le film débouche sur l’évidence que si les deux auteurs avaient écrit une œuvre à quatre mains, ils nous auraient livré une évocation saisissante de notre monde d’aujourd’hui. La force du documentaire est de questionner avec rigueur les conséquences d’éléments de fiction précis devenus réalité. En pointant du doigt les manipulations politiques, sociales et linguistiques qui sont à l’œuvre dans nos sociétés, il s’interroge sur la question de savoir lequel des deux écrivains avait vu au plus juste. Ainsi, les réalisateurs se penchent sur les mensonges trumpiens (plutôt Orwell) car en littérature comme sur les réseaux sociaux actuels, la falsification et la perversion du langage sont d’une puissance inouïe. « L’ignorance, c’est la force… La guerre, c’est la paix », lit-on dans 1984 à travers son « ministère de la vérité ». Ils nous confrontent ensuite à des questions éthiques fondamentales en nous introduisant dans un laboratoire américain qui pratique la sélection génétique à des fins commerciales (plutôt Huxley) avant de nous projeter dans une Chine ultra surveillée où le système du crédit social donne l’illusion d’un « meilleur des mondes orwellien »Ces mondes résonnent étrangement avec les propos d’Edgar Morin « On a tous les moyens de créer un totalitarisme de surveillance » dans une interview qui sera publiée la semaine prochaine sur notre site.

Le documentaire est visionnable sur : https://www.quartierlibre.tv/quartierlibre/george-orwell-aldous-huxley-1984-ou-le-meilleur-des-mondes/

La VOD peut être louée ou achetée sur : https://boutique.arte.tv/detail/orwell_huxley_1984_ou_le_meilleur_des_mondes

Interview « Un jour la terre »

UN JOUR LA TERRE. Paroles du Causse

Ouvrage signé Nicolas Teindas et Sylvain Marchou
Les Ardents Editeurs

Synopsis

Leurs mains calleuses ont serré trop de cordes, elles se sont sculptées comme des pieds de vigne, noueuses et tordues par les tourments des années. Le temps a creusé dans leurs pognes les sillons qu’ils ont labourés une vie durant. Leurs dos se sont usés au mouvement balancé des moissons, aux gerbes hissées sur la charrette. Leurs visages se sont burinés aux soleils de tous les étés, aux mille frimas où il a fallu sortir travailler.

Dans cet ouvrage se dévoile le portrait d’une génération, d’hommes et de femmes attachés à leurs terres caillouteuses et dont les saisons rythment l’existence. Durant plusieurs années, Nicolas Teindas et Sylvain Marchou ont frappé à leur porte, ont franchi le seuil de leur maison. Recueillant une trentaine de témoignages, ils livrent ces paroles du Causse que subliment des photographies en noir et blanc. De page en page se succèdent des instantanés de vie humaine, le quotidien de ces anciens devenus les sentinelles du Causse corrézien.

Interview des auteurs pour Gignac Ensemble par Caroline Erhardt

Il y a deux ans paraissait votre magnifique livre immortalisant des portraits de femmes et d’hommes agriculteurs à l’orée d’un monde qui disparaît. Cet ouvrage nous reconnecte de façon sensible au temps lent, celui des saisons, des travaux des champs, de l’usure de la pierre et du métal. Est-ce que cela tient aussi au fait que votre livre est le fruit d’un travail de terrain qui a pris son temps, un travail qui s’est déroulé sur sept années à la rencontre de ces femmes et de ces hommes de la terre ?

Nicolas Teindas : Pour moi, c’était une question de digestion, c’était important d’assimiler toutes les informations que l’on récupérait. On ne soupçonnait pas la densité de matériaux que nous avons collectés. On est un peu parti à l’aventure avec quelques questions en tête mais pas de méthode scientifique. Au fur et à mesure des rencontres, des thèmes auxquels on n’avait pas pensé initialement se sont dégagés. Et puis il y a eu de nombreuses poses qui m’ont permis de digérer et approfondir les idées qu’on avait en tête.

Le temps c’est important surtout quand on part sans méthodologie, soit on envisage vraiment une enquête sociologique, soit c’est en grande partie inné. Si on a eu envie tous les deux de faire ce travail là, c’est qu’on a une prédisposition à écouter. Après il y a des mécanismes qui se mettent en place, deux ans après je vois la cohérence mais à l’époque je n’étais pas capable de dire comment nous avancions.

C.E. : Dans quel contexte avez-vous réalisé le travail d’écriture ?

N.T. : J’ai commencé à écrire dans une chambre d’hôpital où j’ai été obligé de me projeter dans mon univers. Ensuite, j’ai reproduis cela en Afrique quand j’avais un peu de temps pour moi. Je fermais les rideaux, j’avais un petit vidéo projecteur car une partie des rencontres étaient filmées et je me replongeais dans ces ambiances pour pouvoir écrire. Le caméscope nous servait d’enregistreur, il était posé sur la table et ne filmait la plupart du temps que les mains. Cela me permettait de rester en contact avec la personne que nous rencontrions, je voulais être le plus impliqué possible dans la conversation et ne pas être obligé de me concentrer sur ce que j’écrivais. Je prenais juste quelques petites notes et à la fin de chaque entretien ou quelques jours après, je notais ce qui m’était resté. Qu’est-ce qui  m’était resté ? Pourquoi j’ai retenu telle où telle chose ? Cela permettait de s’écarter du canevas initial pour reconstituer ensuite le puzzle lors de la réécoute.

Sylvain Marchou : Le caméscope ne filmait pas vraiment les gens. Déjà, on était accepté parce que Nicolas est le fils du médecin, cela nous a ouvert toutes les portes. Même si on était attendu car on avait pris rendez-vous, ce n’était pas facile d’arriver à deux dans un lieu, de prendre l’appareil photo et la caméra. On commençait par dire: « Si ça ne vous ennuie pas on va enregistrer un peu ». En ce qui me concerne l’enregistrement me libérait l’oreille.

C.E. : En introduction, on peut lire « Ils ont la pudeur des gens de peu et la noblesse de leur labeur ». Cette pudeur et cette noblesse sont très justement révélées par le travail photographique. On sent que le photographe est très respectueux, il ne fait pas irruption dans la vie des gens, ne les surprend pas mais observe avec acuité la vie qui s’écoule.

S.M. : Je n’aurais même pas pu imaginer certains intérieurs. Tout est là, tout le matériau, ils sont là, c’est leur vie, tout est posé. Il y a juste à essayer de se faire un peu couleur pierre, un peu discret, parce que déjà tu débarques, on ne te connaît pas et tu sors un appareil photo. Parler, être autour d’une table et échanger c’est plus simple, mais avec l’image, cela ne se joue pas de la même façon…

C.E. : Est-ce que le projet de réaliser un livre était annoncé au gens dès le début des rencontres et légitimait votre venue ?

S.M. : En fait, on ne savait pas du tout ce qu’allait devenir ce travail de collecte, on ne l’a su vraiment qu’un an avant, en 2017.

N.T. : Tout de même, souviens-toi quand au début des entretiens on est allé voir Dédé Pichard, on lui a apporté un bouquin donc on avait quand même ça dans la tête.

S.M. : Progressivement oui, on espérait que ça devienne un livre mais on a su que c’était réalisable seulement en 2017 quand l’éditeur nous a donné le feu vert et c’est là que tout s’est précipité et qu’il a vraiment fallu écrire. Il fallait que tous ces matériaux fassent un livre. La grande chance que nous avons eue, c’est d’avoir une carte blanche quasi totale.

C.E. : À ce moment là, les personnes n’ont-elles pas émis des réticences à l’idée d’apparaître dans un livre ?

N.T. : Oui, quand cela est devenu plus concret, des gens ont exprimé qu’ils ne voulaient pas être pris en photo, ni apparaître dans le bouquin. Mais c’était plutôt une opposition de principe qui a vite disparue.

C.E. : Quand vous avez eu l’aval éditorial, vous aviez déjà beaucoup de matériaux, le plus gros du travail n’était-il pas derrière vous ?

N.T. : Oui, sur le plan du temps passé avec les gens. Après, il y a eu un travail d’édition énorme, le choix, la sélection des photos. Mais on n’a pas eu besoin de retourner voir les gens car on avait notre cohérence. Ensuite, il y avait une grande partie instinctive, il fallait que ça nous parle. Le gros avantage de la carte blanche était que si Sylvain trouvait une photo magnifique, prodigieuse, mais que je ne réussissais pas à écrire dessus, nous n’étions pas contraint de la mettre dans le bouquin. On avait le choix de la répartition entre les textes et les photos, du nombre de textes et de photos, seul le nombre de page était limité.

C.E. : Quels ont été les enjeux personnels pour chacun dans la réalisation de cet ouvrage ?

N.T. : Petit, j’étais tout le temps chez une voisine, une vieille agricultrice qui me fascinait parce qu’on avait 90 ans d’écart et qu’elle parlait patois. C’est d’ailleurs là que j’ai commencé à prendre conscience de l’importance de conserver la mémoire. Et puis, il y avait bien sûr la salle d’attente de mon grand-père médecin où les gens restaient des heures et des heures. Je passais mon temps à les regarder par un trou du rideau de la cuisine et je trouvais ça fascinant ces gens qui parlaient fort en racontant des histoires. J’ai aussi accompagné mon grand père dans ses tournées.

S.M. : Je n’ai pas de famille en lien avec la terre, ma mère était commerçante dans le bourg de Martel et mon père ouvrier. Ce qui m’interroge le plus, c’est le déterminisme social. Une question m’habite : pouvait-on avoir le choix de faire autre chose que ses grands-parents, ses parents, quand on était né sur cette terre ? Tout petit, tu as commencé à garder trois poules puis des brebis jusqu’à ce que tu reprennes la ferme des parents avec qui tu continues souvent à vivre ou avec tes beaux-parents. La vie est toute tracée, il n’y a pas d’échappatoire alors qu’à partir de notre génération, on commençait à avoir le choix, partir était envisageable.

C.E. : Une carte au début du livre indique les communes où vivent les agriculteurs que vous avez interrogés. Dans quel périmètre se trouvent-elles ?

S.M. : Ce périmètre s’étend de Nadaillac à Cressensac et de Noailles à Gignac. Entre tous ces villages, c’est d’ailleurs à Gignac que nous avons recueilli le plus de témoignages.

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Nicolas TEINDAS (pour les textes) est né en 1979 à Brive-la-Gaillarde. Depuis 2013, il est directeur d’ONG dans le domaine de la démocratie. Il est diplômé de Sciences Po et titulaire de deux masters, l’un d’études africaines (Paris 1) et l’autre de médiation et communication interculturelles (Langues O). Il reste très attaché à sa terre natale et anime chaque année depuis 2007 un festival de musique à Estivals en Corrèze.

Sylvain MARCHOU (pour les photographies) est né en 1964 à Brive-la-Gaillarde. À 15 ans, il entre en apprentissage chez un photographe social à Figeac. Depuis 2008, il est employé de la Ville de Brive. Son parcours photographique le conduit dans des usines et ateliers du bassin de Brive, puis dans les jardins familiaux. Depuis 2012, son regard se porte sur les anciens agriculteurs du Causse entre Corrèze, Lot et Dordogne.

 

Musique (janvier)

Un groupe local à découvrir

Le groupe « San Salvador » est originaire de Corrèze.
Leur credo, ce sont les chants polyphoniques monodiques anciens du Massif Central.
Ecoutez un extrait ici.

 

Proposition de lecture (janvier)

La France est noyée sous une tempête diluvienne qui lui donne des airs, en ce dernier jour de 1999, de fin du monde. Alexandre, reclus dans sa ferme du Lot où il a grandi avec ses trois sœurs, semble redouter davantage l’arrivée des gendarmes. Seul dans la nuit noire, il va revivre la fin d’un autre monde, les derniers jours de cette vie paysanne et en retrait qui lui paraissait immuable enfant. Entre l’homme et la nature, la relation n’a cessé de se tendre. A qui la faute ? Dans ce grand roman de « la nature humaine » , Serge Joncour orchestre presque trente ans d’histoire nationale où se répondent jusqu’au vertige les progrès, les luttes, la vie politique et les catastrophes successives qui ont jalonné la fin du XXe siècle, percutant de plein fouet une famille française. En offrant à notre monde contemporain la radiographie complexe de son enfance, il nous instruit magnifiquement sur notre humanité en péril. A moins que la nature ne vienne reprendre certains de ses droits…Serge Joncour est l’auteur de douze livres, parmi lesquels UV (Le Dilettante, prix France Télévisions 2003) et, aux Editions Flammarion, L’Idole (2005), Combien de fois je t’aime (2008), L’Amour sans le faire (2012), L’Ecrivain national (prix des Deux Magots 2014), Repose-toi sur moi (prix Interallié 2016) et Chien-Loup (prix du Roman d’Ecologie, prix Landerneau 2018).

Notre avis : un beau roman enraciné dans la campagne lotoise qui déroule les évolutions sociétales des années 70 à 90 dans lesquelles beaucoup se reconnaîtront.